L’histoire avant l’Histoire !

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A l’aube du XXIème siècle, en ces temps qui s’annoncent houleux et que l’on peut à nouveau qualifier de « troublés », quand le fanatisme religieux reliquat d’un autre âge remplace le fanatisme politique  ou se confond avec lui  et bouleverse les vies et les pays, il est parfois bon de se rappeler ce qui a constitué au fil des temps le mot : « civilisation »…

Depuis le début de notre ère, les hommes ont toujours trouvé des motifs pour se quereller : un Dieu, une terre, une idée, une ambition, une pensée.

Il serait bon de voir venu le temps où nous rechercherions des raisons de se comprendre et de se tolérer. Tolérer ne doit pas être confondu avec « complaisance ». Tolérer : c’est , certes respecter autrui, mais c’est aussi accepter la critique, voir virulente ou narquoise de la part de l’autre, de ses pensées, de ses croyances, de ses attitudes.

Comment espérer se donner les moyens de se connaître, si ce n’est en puisant dans l’expérience des civilisations qui nous ont précédées, pour éviter au mieux, les écueils où elles se sont brisées ?..

La notion de civilisation est très difficile à expliquer car c’est un concept subjectif : Tout autre que soi-même paraît barbare, n’est en retard que l’autre, n’est inculte que l’autre, n’est rustre que l’autre etc…

Le mot « civilisation » veut donc exprimer le groupement de personnes qui partagent le même mode de vie, la même religion, qui obéissent aux mêmes règles, aux mêmes lois et qui par rapport à un autre groupe de personnes donne l’impression d’être plus évolué, plus structuré.

A chaque période dit « de civilisation » a succédé une période de bouleversements qui l’a anéantie.

Puis avec le recul, il s’est avéré que plus qu’un anéantissement il s’agissait d’un englobement pour une continuité nouvelle.

Celles-ci se sont fondues dans les nouvelles structures, les améliorant même quelquefois, pour fonder une nouvelle société.

Que nous réserve les bouleversements qui agitent le monde actuel ?

Une seule chose est certaine. Il y a toujours eu un « fil conducteur » quelques soient les chaos politiques, religieux ou économiques.

Ce fil, est la volonté des hommes à changer les structures qui ne leur correspondent pas ou plus, pour aller de l’avant… (Jusqu’à présent, aucun bouleversement même catastrophique, n’a fait régresser le monde évolué à des périodes primitives sauf au cinéma)

Que fait-on  généralement avant de recréer ?

« table rase » !

Même si cela paraît radical sur l’instant.

C’est pourquoi, il me semble que ce fil conducteur, cette volonté de créer, d’apprendre, de comprendre, d’écouter, de tolérer ne peut exister que par la connaissance des faits antérieurs…

C’est-à-dire, non seulement connaître les grands faits historiques qui ont bouleversé le monde, mais également les modes de vie, les règles qui les ont conduit, les pensées des grands écrivains, des philosophes ainsi que des politiques, leurs réactions face aux évènements etc… C’est ce que je vais essayer de développer au fur à mesures des articles.

Tout ce qui a fait l’Histoire avec un grand H de ces périodes écoulées… Pour que

 

DEMAIN SOIT UN AUTRE JOUR…

 

A la Belle Epoque : les femmes qui travaillent

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Les femmes qui travaillent ? Là aussi l’image se transforme. Une progression spectaculaire : celle du nombre des femmes actives entre 1866 et 1871.

La proportion passe de 30.06% à 30,07% pour l’ensemble des professions et de 34,09% à 35,8% pour les professions non-agricoles.

Comment expliquer cette augmentation? En ce qui concerne le commerce ou les bureaux, elle est due à l’expansion commerciale et au développement de l’instruction des femmes.
Mais l’industrie, pendant la même période, fait appel à un nombre de femmes qui augmente de près d’un million d’unités. En 1891, une statistique publiée par le journal conservateur « Le soleil » donne les chiffres que voici concernant les femmes au travail :

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  •  – Mines, grande industrie, manufacture  : 468 773
  •  – Petite industrie : 881 662
  •  – Travaux agricoles : 1 244 965

Pour le premier poste, les femmes représentent 36 % du total, pour le second 44 %, pour le troisième 29 %.b965fc0b68c8c53785d279e335f5ceb9

La féminisation du travail s’étend également au commerce et à l’administration. En 1891, sur 22 700 employées des postes et télégraphes, on dénombre 9 000 receveuses et à peu près autant de demoiselles « hors cadre » qui gagnent 800 à 1 800 francs par an .

Alors qu’un homme occupant le même poste est payé de 1 200 à 4000 francs par an.
A propos des demoiselles des postes, Fernand Pelloutier, enquêteur à l’office du travail observe : » Ce système résout d’ailleurs si heureusement le problème budgétaire qu’au commencement de 1894 l’administration décidait de féminiser la moitié des bureaux de Paris »…pttes-990

Voilà une fois de plus la grande question posée : celle des salaires.

Dans l’industrie la moyenne du salaire journalier, pour le département de la Seine, entre 1891 et 1893, est de 6.15 francs pour les hommes et de 3 francs pour les femmes. Pour les autres départements elle est de 3.90 francs pour les hommes et de 2.10 francs pour les femmes.

Ces chiffres font apparaître une augmentation du salaire féminin, par rapport au Second Empire, légèrement supérieur à celle des salaires masculins. Mais il faut tenir compte du fait que la dernière enquête ne porte pas sur les travailleurs à domicile et  parmi eux nombreuses sont les femmes pour lesquels le salaire n’a nullement augmenté. Au reste, les enquêteurs de l’Office du travail font état d’une notable augmentation du coût de la nourriture et des loisirs.

Il serait lassant de multiplier les exemples. Dans une fabrique d’agrafes métalliques, les hommes ne touchent que 4.65 francs. Le rapport Pelloutier précise tout cela.

Quant aux conditions de travail, elles restent impitoyables. Les demoiselles téléphonistes travaillent, pour huit cents francs par an, dans des salles hermétiquement closes où, pendant l’été, la température dépasse 30 degrés. Le rapport Pelloutier signale : « Elles restent debout pendant dix heures, exposées ainsi aux désordres génitaux les plus graves, ont presque constamment le transmetteur à la bouche, le récepteur à l’oreille, et n’interrompant celle occupation que pour manœuvrer les jack-kuives (conjoncteurs) ou relever les annonciateurs. D’une pareille tâche, que retirent-elles ? Des affectations nerveuses, des troubles circulatoires et de l’appareil respiratoire ». On constate en moyenne 10% de malades.

Et les demoiselles de magasins ! Parfois de 8 heures du matin jusqu’à 10 heures du soir, elles restent debout, sans avoir droit au siège si longtemps réclamé et qu’elles n’obtiendront que par une loi appliquée en 1901. A la moindre peccadille elles sont punies de lourdes amendes. Non seulement elles doivent déployer des trésors de patience pour satisfaire une clientèle exigente, parfois insolente, mais elles sont exposées aux vexations et à des humiliations de leurs chefs quand ce n’est pas -dit toujours le rapport Pelloutier-de leurs  » assiduités » et à leurs « propos flétrissants ». Avec la guelte (*), elles ne gagnent guère que 150 à 200 francs par mois. Naturellement, les peuvent être renvoyées séance tenante sans garantie ni indemnité.

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Des privilégiées, pourtant, les demoiselles des PTT ou les demoiselles de magasin, en comparaison du sort réservé aux casseuses de sucre, par exemple. Elles travaillent pendant dix heures , sans relâche, pour 2.50 à 2.70 francs.

Durant dix heures, courbées sous le cassoir métallique, elles poussent les lingots de sucre sur la scie. « Priez l’une d’elles de vous montrez sa main. Les ongles sont à demi rongés. L’extrémité du doigt présente un méplat produit par l’usure de la chair… Quelquefois ce ne sera plus le doigt que vous verrez, mais un moignon sanglant que l’ouvrière recouvre d’un linge, non pas tant pour moins souffrir que pour ne pas tâcher le sucre qu’elle manipule. La malheureuse n’a même pas la ressource d’une callosité protectrice : le sucre gratte tout ».

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L’humanisation des conditions de travail de la Belle Epoque, personne n’y songe. Les ouvrières sont exposées à des intoxications par le nitrate d’argent dans les miroiteries, par la nicotine dans les manufactues de tabac, par la litharge chez les typographes, par les sels de plomb. En trois ans, leur compte est réglé. Le patron éviterait quarante huit assassinats en replaçant le sel de plomb par le sel de zinc, mais il perdrait 8.5% de ses bébéfices. Il n’hésite pas ».

Ces femmes scandaleusement mal payées et traitées, les employeurs reconnaissent qu’elles font du meilleur travail que les hommes. Pour charger les betteraves, « elles sont plus habiles, plus souples que les hommes, résistent mieux à la boue et à la pluie » ; dans les filatures, on s’inquiète de l’interdiction du travail de nuit pour les ouvrières (loi qui sera votée le 2 novembre 1899 mais très mal appliquée) : « Si les femmes ne travaillent plus la nuit, elles ne pourront être remplacées par les hommes, ces derniers n’ayant pas les doigts assez souples « , déclare un filateur de Tourcoing.Manufacture-Braquenie-3

La tuberculose guette souvent ces femmes. La mortalité ouvrière féminine dépasse de beaucoup celle des ouvriers : 156 femmes pour 100 hommes dans la totalité des fabriques . Quand ces ouvrières mettent des enfants au monde, ce sont en général de petits êtres débiles. Un grand nombre meurent avant l’âge d’un an.
Comment peut subsister une ouvrière si elle est seule ? Le petit Parisien publie les dépenses quotidiennes d’une chemisière qui gagne deux francs par jour : 1 livre de pain : 0,20francs. Le matin : lait : 0,10 francs. A midi : une côtelette : 0,25 francs. vin : 0,10 francs, charbon 0,05 francs, légumes 0,10 francs, beurre  0,10 francs. On abouti à un total de 90 centimes. Le reste 1.10 francs sera pour le loyer l’habillement les transports.

Le logement ? Il ne s’est pas amélioré depuis cinquante ans. De grandes artères ont été ouvertes suite aux percées d’Haussmann et aux « grands travaux », des îlots insalubres détruits et remplacés par des immeubles confortables, notamment à Charonne, à Menilmontant, et Belleville.eugc3a8ne-atget-cour-178-avenue-de-choisy-1913

Mais de ces améliorations effectuées en principe à son profit, l’ouvrier ne peut profiter car le loyers des beaux immeubles sont trop chers. Il est donc une fois de plus relégué dans ces cités ouvrières dont la seule description nous atterre.

Jean Richepin a exploré l’une de ces rues : La rue  Jeanne d’Arc aux Gobelins. Il y a là près de quinze cents logements , lisons son récit : « et celui qui les a fait construire est, parait il un philanthrope. Eh  bien ! C’est du propre la philanthropie ! Entrons dans les maisons ; sombres, gluants d’humidité et de crasse qui se mêlent et font pâte, les corridors semblent des entrées de souterrains ou plutôt des fosses d’aisances. L’ammoniaque, les gaz sulfhydrique, la vidange s’y épanouissent comme au-dessus d’un dépotoir. Les caves, en effet, sont inondées de débordements, grâce au mauvais état des tuyaux crevés et des réservoirs bondés. Le courage manque pour monter les escaliers et on se hâtent pour sortir du corridor. A la fin de la visite, l’on emporte dans ses habits cette nauséabonde parfumerie qui s’agrippe à l’étoffe, l’imprègne et vous pique les yeux et le nez…

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Dire que c’est cela que respirent les habitants de la Cité ! Et ils sont une charibotée, les malheureux ! Pêle-mêle, d’ailleurs, dans ces prétendus logements philanthropiques, des familles entières dans une même chambre avec une seule fenêtre prenant jour sur un plomb . Aussi faut il voir les mines blêmes des gosses. Ils grouillent là-dedans comme des asticots, nus et blancs : d’un blanc sale. Les adultes semblent des vieux. Le rachitisme, le scrofule poussent à gogo sur ces chairs quasi  putrides en naissant. On dirait que tout ce monde a dans les veines, au lieu du sang : du pus… »

Voudrait-on que ces ouvrières dans de telles conditions se révèlent aussi des modèles de moralité ?  De nombreux témoignages signalent dans le milieu ouvrier l’existence d’une prostitution clandestine nombreuse. Parfois, celle-ci est encouragée par l’employeur. Pour livrer le linge on engage plus facilement de jolies filles. Pour porter à domicile les cartons à chapeaux ou les robes, on utilise les trottins (*) en général âgées de quatorze à dix sept ans. Cent dessins ou caricatures nous ont montré les vieux marcheurs suivant intrépidement  des trottins sur l’asphalte parisien. Et les trottins ne disent pas toujours non. A l’atelier, ou dit « qu’elles ont un monsieur ».

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Dans ce monde du travail féminin, voici tout à coup une cohorte énorme dont parlent rarement les sociologues: les domestiques.
En 1906, 760 000 femmes sont domestiques. Ici au point de vue des salaires, nous touchons des records. En 1896, une femme de chambre gagne 40 à 70 dix francs par mois, une cuisinière de 50 à 75 francs, une bonne d’enfants de 35 à 50 francs, une bonne à tout faire, les plus nombreuses, de 20 à 40 francs, logées blanchies !

Naturellement, pour toutes ces « employés de maison » avant la lettre , il n’est pas question de vacances.

 

(*) Guelte : commission sur vente

(*) Trottin : petite ouvrière qui fait les courses

 

La Bourgeoise à la Belle Epoque

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Qu’elles soient grandes, moyennes ou petites, elles ont des reflexes en commun.

Ce qui compte pour elle  : c’est la famille et la maison. Les pièces de théâtre dites de « boulevard », qui se jouent justement d’où le surnom, sur le grands boulevards parisiens les mettent en scène bien plus souvent que les grisettes.

Les Feydau, les Labiche s’amusent de leurs idées de grandeurs et de leur vie de maîtresse de maison.

Le mari gagne de l’argent, la femme en dépense le moins possible et veille à le dépenser à bon escient. Elle  est en général mariée sous le régime de la Communauté réduite aux acquêts. A part les femmes de la toute petite bourgeoisie et la boutiquière, elles ne travaillent pas. Elles sont d’ailleurs dédaigneuse des femmes qui travaillent disant qu’elles sentent « la boutique ».

L’éducation des enfants est son domaine. Elle en a trois au maximum. Parfois, elle est secondée par une bonne venue de la campagne, car on laisse les nurses anglaises à l’aristocratie.

La tâche impérative : faire des visites.

Une bourgeoise ne peut y manquer sans être quasi mise au ban de la société. Dès trois heures de l’après-midi, la bourgeoise se prépare. Elle connaît les jours de ses amies. Et elle dresse sa liste en conséquence. Le plus souvent, elle n’a pas de voiture.

Elle fera donc ses visites à pied, en omnibus, en tramway, voir en métro dont les premières lignes viennent de s’ouvrir.

1Busmn_guich1905(Mon arrière-grand mère me disait que les messieurs aimaient bien que les dames montent à l’étage, car alors, elles étaient obligées de lever légèrement leurs jupes et les messieurs pouvaient alors évaluer la finesse de la cheville !!)

Voyons-là avec ses bottines boutonnées, plumes et fleurs au chapeau, la jupe balayant le sol, le réticule à la main, le parapluie ou l’en-cas sous le bras ». Une bourgeoise est fière quand elle fait plusieurs visites dans l’après-midi et échange des propos définitifs avec d’autres dames.vic3

La bourgeoisie doit également donner des dîners : trois ou quatre « grands » par an. On y mange copieusement, et la Bourgeoise s’est occupée de tout plusieurs jours à l’avance.

Les dames invitées devront venir quelques jours plus tard à domicile remercier leur hôtesse

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La Belle Epoque et la femme du monde

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La française de la Belle Epoque n’a toujours pas aplani les anciennes barrières sociales.

La société se compose toujours de plusieurs mondes dont les façons de vivre et de penser parfois ne se croise jamais.

Au sommet de la pyramide sociale nous rencontrons tout naturellement la femme du monde, qui garde les privilèges de son rang alors que la société de  » l’industrialisation » tend vers une structure sociale plus « moderne » et un brassage des origines. Bien que l’on assiste à un changement de temps, seule la guerre mettra un terme à la vie quelque peu désuette que continue de vivre cette partie de la population sur le mode des siècles passés.

Mille ou mille deux cents familles, de plus en plus souvent alliées avec des financiers, des industriels, Américains, Israélites passent l’hiver dans leur hôtel de Paris et l’été dans leur château. Les gens du monde déploient un faste de bon goût, sans vaine ostentation.

Les hôtels particuliers se dressaient entourés d’immenses jardins, dans les rues de la Boetie, la rue de Baume, les Champs Elysées, la rue Montaigne etc…

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Dans la rue de la Boétie, au milieu des frondaisons s’élevait comme un petit château avec deux pavillons, la demeure des de Broglie, à côté la demeure des Ségur possédait un jardin encore plus grand. Tout autour des jardins s’élevaient  des demeures paisibles. La grande maison pleine de meubles anciens, était peuplée des souvenirs du Général de Ségur qui l’avait acheté à Madame de Lafayette, celle-ci l’avait habitée jusqu’au moment où après les cent jours, elle était partie pour faire évader son mari.

Partout des domestiques.

Au pied des escaliers, dans les vestibules, un laquais en livrée bleue et jaune. Les jours de réception, il porte culotte et bas de soie, souliers à boucles et gants blancs. Il reste posté là de 1 heure de l’après-midi à 8 heures du soir. Il n’avait pratiquement rien à faire, car il venait peu de visiteur. Comme il y avait deux perrons et deux vestibules.. Il y avait aussi deux hommes immobilisés chaque jour.

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A midi moins cinq, la famille se réunit dans le grand salon en rotonde du rez-de-chaussée. Au douzième coup de midi, le maitre d’hôtel ouvre la porte à deux battants, on passe en cortège à la salle-à-manger.

C’est à la maîtresse de maison que revient le privilège exclusif d’écrire le menu.

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Des repas qui nous laissent étonnés : matin et soir, sept ou huit plats étaient prévus. Presque toujours du gibier, envoyé par les gardes-chasse de Normandie ou d’Anjou. Toujours un plat de viande et un autre de volaille (mon arrière grand-mère disait : si l’on choisit une viande rouge pour le midi on prévoit une viande blanche pour le soir et vise et versa !).

Une infinité d’entremets : « Je pouvais manger de tout sans aucune surveillance, pourvu que je me tasse et que je me tienne droite on ne me faisait aucune observation » disait Mademoiselle de Broglie toute petite fille. A ces déjeuners les conversations allaient bon train chez les grandes personnes, la politique, la littérature, l’art… mais surtout la politique. Tout y passait. La fusion monarchique, le drapeau blanc, le boulangisme et bien sûr, l’affaire Dreyfus.

Le matin vers 11 heures, la promenade des enfants avec leur nurse a lieu dans les rues avoisinantes, les champs Elysées. Après le déjeuner, les nurses souvent anglaises conduisent les enfants dans les landaus tirés par deux chevaux, jusqu’à Bagatelle, où ils retrouvent des petits enfants du même monde avec qui ils jouent.

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Vers cinq heures, après la promenade et le goûter, la nurse fait revêtir à une petite fille par exemple en hiver « une robe de velours rouge-cerise ou bleu-roi et en été une robe de Broderie anglaise. Les robes  viennent de chez Marindas, la couturière pour enfants, qui alors à la mode avait une nombreuse clientèle. « Puis on me passait autour de la taille une ceinture de ruban écossais aux couleurs les plus vives. Cette ceinture large de quarante centimètres artistement drapée, formait dans le dos un immense nœud qui dépassait les épaules et dont les pans trainaient presque jusqu’à la terre, les cheveux sont tenus par un autre nœud dont les pans tombent jusqu’à la taille. »

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Avant de dîner les enfants vont embrasser leur mère, lorsque celle-ci était disponible pour les plus mondaines, les plus maternelles trouvent toujours un moment pour aller leur souhaiter « bonne nuit » de jolis baisers sur le front, laissant dans les chambres un effluve de parfum et  de douceur de soie.

Le cliché de la noble dame allongée sur une chaise longue entourée de châles et de coussins qui rédige son courrier a souvent été pastiché au cinéma.  Toujours rentrée avant le crépuscule, c’est-à-dire en hiver avant quatre heures. L’après-midi, elle ne sort jamais sans un grand valet de pied en livrée, affublé d’un haut-de-forme et d’une longue redingote qui lui tombe jusqu’aux talons.

Si sa maîtresse veut faire quelque pas au bois de Boulogne ou aux Champs Elysées, il doit la suivre, respectueusement, mais de loin. Elle entrait rarement dans un magasin. Cela n’était pas bien. Tous les fournisseurs venaient à domicile.

Après le Grand-Prix, donc vers la fin de juin, la famille tout entière émigre à Dieppe où il était séant d’avoir une villa.

Pour le voyage on emporte plusieurs paniers de provisions et des couverts pliants d’étain, des timbales qui s’aplatissent comme des chapeaux claque, des flacons de sels, d’eau de Cologne, d’alcool de menthe, d’éventails, des châles, des petits coussins en caoutchouc. On revient de ses terres que vers la fin de l’année.

Le premier mois de l’année c’est la « petite saison » c’est-à-dire peuplée de dîners intimes. Après Pâques commence la « grande saison ». Il faut de la santé pour y faire face. La femme du monde est sur pied à 10 heures du matin. Elle va chez ses fournisseurs ou chevaucher au Bois, ou simplement marcher dans les contre-allée des Acacias. Pour les jeunes femmes, le tailleur est de rigueur, et une voilette à pois. On rentre chez soi changer de toilette. Les dames doivent revêtir leur robe d’après-midi. Déjà la mode change deux fois par an. En tous cas toujours beaucoup de rubans, beaucoup de ruchers. Peu à peu les chapeaux sont devenus immenses, ils s’étagent en une curieuse architecture d’oiseaux empaillés, de fleurs et de fruits.

Après 1911, on verra renaître les turbans et les chapeaux cloches.

Beaucoup de mariages se concluent durant la grande saison. A midi on court au déjeuner qui se prend chez des amis, car on se rend visite avec une sorte de frénésie,  à moins, naturellement que ce jour là on ne reçoive.

L’après-midi ? Essayages, expositions, ventes de charité. Une dame du monde doit rentrer tôt chez elle. Bien sûr, il y a celle qui préfèrent le fameux « cinq à sept » de la Belle Epoque.

Mais surveillées comme elles le sont, il leur faut pour y réussir une ingéniosité et une intrépidité assez peur communes.
Dans certains hôtels, les dames du monde tiennent salon. Ils ne ressemblent guère à ceux des siècles passés. On ne s’y mêle ni de politique ni de littérature. On est entre soi.

Ce sont par exemples les « mardi » de la duchesse de Rohan, les « dimanches » de la duchesse de Camastra et de la comtesse de Martel, qui signe Gyp de charmants petits romans dont « le Mariage de Chiffon » (adapté au cinéma avec Odette Joyeux dans le rôle de Chiffon). (Nous en avons un exemplaire dans notre bibliothèque) le_mariage_de_chiffon02352_005

Autres salons, ceux de la Comtesse de Polignac qui est américaine. Les salons de la comtesse d’Haussouville, de la comtesse Anna de Noailles, de la princesse Edmond de Polignac. Les salons de la comtesse Gabriel de la Rochefoucauld, de la duchesse de Clermont-Tonnerre. Mais tous sont éclipsés par celui de la comtesse Greffulhe, née Caraman-Chimay.

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Tous les lecteurs de Proust connaissent la comtesse Greffulhe. Personne n’ignore qu’elle servit de modèle à la princesse de Guermantes. Impressionnante, sa beauté, toute sa démarche, la façon dont elle renverse son « col de cygne », dont elle regarde, dont elle sourit, évoque ce que nul n’apprendra jamais et qu’elle a trouvé au berceau : la race.

Décidément les fées l’ont comblée : son intelligence égale sa beauté et son esprit.

En art, son opinion est un verdict. Elle a imposé Debussy à Paris, Richard Stauss et Stravinsky. Elle a « sortis » les frêres Perret (Auguste et Gustave) qui grâce à elle, sont devenus les grands architectes du siècle. C’est chez elle qu’on a entendu Carouso et Fédor Chaliapine.

Le snobisme mondain participe au renouvellement des façons de voir et de sentir qui se dessine en France à partir de 1906.

Certaines de ces grandes dames ont un esprit mordant, aceré, que l’on redoute : la Princesse Amédée de Broglie, la Duchesse de Clermont-Tonnerre, la Princesse Lucien Murat. Périodiquement, ces grandes dames offrent des réceptions et des bals. On en parle un mois à l’avance et un mois après. Aujourd’hui encore, les gens se souviennent du bal persan organisé en 1912 par la comtesse de Chabrillan, ou du bal des pierreries chez la duchesse Charles de Broglie.

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Finie la « grande saison ». Ces dames respirent. Elle s’en vont à Dinard, à Deauville, à Trouville, à Cabourg. Certaines se baignent. Des cabines tirées par des chevaux les conduisent jusque dans la mer. Là, par une petite échelle, elles descendent dans l’eau avec leur culotte bouffante sur quoi retombe une petite jupe. Leurs cheveux, elles les cachent sous des foulards. Naturellement, elle ne nagent pas. Elles font trempette. En 1912, on verra paraître, même dans la bonne société, le maillot ajusté. La majorité s’en offusquera.

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Dès qu’elles sortent, une femme de chambre les enveloppe dans un vaste peignoir. En septembre on quitte les plages et l’on repart pour son château.

Beaucoup de ces dames n’imaginent même pas qu’il puisse y avoir d’autre vie.

Mais beaucoup de françaises n’imaginent même pas qu’une telle vie puisse exister…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les Valets

 

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Le terme de valet a été autrefois un titre honorable. Les fils des empereurs étaient appelés Varglets ou valets. Dans le Poitou, les valets étaient aussi considérés que les écuyers dans les autres provinces ; le nom de valet n’était donné qu’à ceux qui apprenaient la profession des armes.

Les écuyers-tranchants étaient appelés varlets. Guillaume du Plessis dans un titre de 1201 se qualifie de valet, qui signifie, la même chose qu’écuyer ou damoisel.

Les nobles qui s’intitulaient valets donnaient à connaître par là qu’étant issus de Chevaliers, ils prétendaient à l’ordre de chevalerie obtenu par leurs pères. On appelait les enfants des grands seigneurs valets lorsqu’ils n’étaient pas chevaliers, on a donné ce titre à des officiers honorables comme valets-tranchants, valets-échansons, valets-servants, valets de salle etc.

Ce nom est demeurant aux tranchants du roi, depuis appelés écuyers-tranchants et ces charges d’écuyers tranchants ont été exercé par les plus grands seigneurs du royaume.

Il y a plusieurs valets, le premier valet de chambre du roi est un officier considérable qui couche au pied de son lit, et qui est toujours dans sa chambre et garde sa cassette. Les autres valets de chambre habillent le roi, et servent par quartier aux offices de sa chambre.

Le Peuple

 

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Du temps de Charlemagne on reconnaissait quatre sortes de personnes :

1/ Les nobles, les grands, les seigneurs. Cette qualité de noble était d’une si grande distinction, qu’elle était souvent donné aux personnes des rois. On trouve dans l’histoire de Richard II d’Angleterre, qu’après avoir été prisonnier et détrôné en 1399 par Henry, comte d’Erby, son cousin, il disait en se plaignant « hé ! que dira le noble roi de France ? Non seulement cette qualité de noble est souvent répété par les épitaphes des rois, mais encore dans les traités et les anciens titres. Les prince du sang l’ont prise dans un grand nombre d’actes. Thibaut comte de Champagne est qualifié de noble homme, dans un titre de 1232.

2/ Les hommes libres, qui étaient d’une condition libre, de temps immémorial, nés dans le pays où ils demeuraient. Il y avait parmi eux trois sortes de rang ; celui des magistrats, à qui leur âge et leurs fonctions faisaient donner le nom de pères et de sénateurs ; celui des officiers d’armée qui furent nommés chevaliers, parce qu’ils combattaient à cheval, et celui du peuple, dans lequel étaient compris les soldats et les artisans.

3/ Les lites, les serfs, les habitants de la campagne et les laboureurs. Il y avait trois sortes de serfs. Les premiers étaient ceux qui devaient la taille à leur seigneur, à cette taille était de deux espèces : l’une se payait à sa volonté, tantôt plus grande, tantôt plus petite et l’autre était fixe.

4/ Les esclaves, proprement dits, qui ne faisaient pas en quelque façon partie du pays, mais étaient des corps vivants dans la dépendance absolue de leurs maîtres qui les vendaient et les échangeaient comme ils le faisaient de leur bétail.

En France, sous le règne de Louis le Hutin, les habitants de plusieurs petites villes et presque tout ceux de la campagne étaient encore des serfs. Il n’y avait que les grandes villes qui eussent conservé leur liberté. Mais les moindres villes, les bourgs et les villages étaient demeurés dans leur premier état, et quoiqu’il fut permis aux habitants d’avoir quelques terres, en quoi ils différaient des esclaves, cependant eux et leurs enfants ne pouvaient point sortir du domaine du seigneur où ils étaient nés, ils ne pouvaient s’établir ailleurs, ni s’y marier, sans encourir les peines portées par la loi de ce qu’on appelait fors fuiage et fors mariage. C’est-à-dire des mariages faits hors de la terre du seigneur sans sa permission. Ils ne pouvaient disposer de leurs biens en faveur des églises sans le consentement de leurs seigneurs. Les affranchissement ont commencé en France dès le règne de Louis le Gros, et Philippe le bel rendit la liberté à divers village. A compter du 14ème sicle, les affranchissements devinrent presque généraux.

Les Nobles de race

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La noblesse de race se forme sur un certain nombre de degrés. Pour être parfaite, il faut, selon Plutarque qu’elle remonte jusqu’au bisaïeul.

Celui qui est anobli acquiert la noblesse, mais non la race elle a selon son auteur, la puberté en ses enfants, l’adolescence en ses petits-fils et la maturité en ses arrières petits-fils. C’est la troisième génération qui purifie le sang et la race et qui efface tous les vestiges de roture.

L’histoire nous apprend que l’empereur Sigismond ayant été supplié, par un paysan de l’anoblir, il lui répondit qu’il pouvait bien l’enrichir, mais non lui donner la noblesse. (c’est-à-dire la race).

La noblesse naissante est une grâce accordée par le prince à celui qu’il élève au dessus du commun des citoyens, mais la noblesse naissante n’est pas parfaite, elle n’acquiert la race qu’au quatrième degré. Ceux qui sont les plus portés à favoriser la noblesse de race, conviennent qu’elle doit commencer au bisaïeul se continuer au second degré puis au troisième et que ceux qui sont au quatrième deviennent véritablement noble.

Cette noblesse se vérifie en deux manières, par titres et par témoins, la dernière preuve est spécialement reçue lorsqu’il y a eu troubles, incendies, guerre ou d’autres accidents.

On justifie qu’on est de race noble :

1/ quand les prédécesseurs ont été réputés nobles ou en cas de dérogeance quand on prouve les degrés supérieurs, et que les ancêtres ont porté la qualité de nobles, d’écuyers et de chevaliers,

2/ on prouve que ses auteurs ont vécu noblement que le père et l’aïeul ont porté les armes et ont eu des charges convenables aux nobles, comme des offices de bailli ou de sénéchaux ; qu’ils ont eu des justices et des fiefs; qu’ils ont porté des armoiries qui leur étaient propres et enfin qu’il ont eu de temps en temps des sentences déclaratives de noblesse, données sur des titres et avec connaissance de cause.

Donc la noblesse de race demande trois degrés au-dessus de soi de noblesse et dont on a état, s’il a de la noblesse maternelle, de faire voir huit quartiers, et au-delà.il ne pourrait être pour cela gentilhomme de nom et d’armes comme se l’imaginent, parce qu’il n’y a que la multiplicité des siècles, la première introduction des noms et armes et l’ancienne investiture héréditaire des fiefs, qui donnent cette prérogative.

Noble à l’origine signifie connu. Cela représente le mérite des ancêtres et leur vertu éclatante. Cette qualité est une marque de distinction qui fait connaître les personnes.

 

 

 

 

Les Ecuyers

Le nom viendrait de ce que les nobles portaient des Ecus et armoiries, qui sont des marques de noblesse.

Le noble qui portait l’Ecu était joint au Chevalier durant les tournois pour lui servir de second et pour lui conserver son écu et sa devise.

Le « grand écuyer de France » portait l’Ecu du Roi. La qualité d’écuyer est également appliqué à ceux qui avaient le commandement de l’écurie  (écuyers d’écurie). La fonction de porter des boucliers étant toute militaire et par conséquent exercé par des Nobles. Cette qualité a toujours exprimé la noblesse de celui qui l’a portée, même quand les boucliers et les écus n’étaient plus d’usage à la guerre.

La qualité d’écuyer ne se donnait pourtant pas indifféremment à tous les jeunes gens, jusqu’à la fin du 15ème siècle, elle dénotait un ancien gentilhomme.(Quelqu’un digne de devenir Chevalier mais qui n’a pas encore reçu l’adoubement ou un homme noble qui faute d’en avoir les moyens financiers, n’a pas été ni ne sera adoubé).

Les barons, les plus grands seigneurs et même des princes de sang se sont qualifiés d’écuyer dans leur jeunesse jusqu’à ce qu’ils fussent devenus Chevalier. Ils étaient subordonnés au Chevalier, ils cédaient leur place d’honneur en tous lieux, ne se couvraient pas en leur présence, n’était pas à la table avec eux. Ils ne portaient pas d’éperons dorés, seulement blanchis en 1486, ils avaient droit aux habits de soie mais pas à ceux de velours. Un écuyer n’est jamais  qualifié de Messire, ni sa femme de Madame seulement demoiselle ou damoiselle et même si elle est princesse.

Quand l’écuyer devient Chevalier on le nomme Messire, Monseigneur et leur femme devient Dame. Il y avait des écuyers qui n’avaient pas assez de biens pour parvenir à la chevalerie. C’est ce qui obligeait souvent les rois à établir une pension à ceux qu’ils faisaient Chevalier et qui n’avaient pas de quoi soutenir cette dignité. Les Ecuyers n’avaient en temps de guerre que la demi-paye des chevaliers, à l’exception des écuyers-bannerets ; ces derniers se trouvant seigneur de bannière, et en état de mener leurs vassaux à la guerre, parmi lesquels il y avait quelquefois des Chevaliers. Ils avaient la paye de chevaliers-bacheliers, qui était la demi-paye des chevaliers bannerets.

Cette grande subordination servait à les exciter d’un violent désir de se rendre dignes de la chevalerie, non-seulement par des actions de valeur et de bonne conduire, mais aussi par celle de la vertu, qui était essentielle pour faire un parfait chevalier.

D’après  le Dictionnaire de la noblesse T1 (BNF)

Les Gentilshommes

Le mot gentilhomme vient de « gentillis homo ».

Quelques uns disent qu’il vient du mot  gentil  par opposition au mot « payen ». En effet les tribus qui conquirent la Gaule étaient déjà chrétiennes (ariennes pour une grande partie*) et furent appelées « gentils » par oppositions aux peuples originaires de ces contrées qui étaient païens.

D’autres disent que sur le déclin de l’Empire, il y eut deux compagnies composées d’hommes distingués pour leur bravoure. L’une était appelée « genilium et l’autre « scutariorum » de ces deux termes viendraient les mots de » gentilhomme et d’écuyer. »

Il peut également venir tout simplement de gentil pour « gentille action, action noble et glorieuse ».  Quelques auteurs pensent que ces deux mots nous sont restés de la milice romaine, parce que c’était aux gentils et aux écuyers, comme aux plus braves soldats, que l’on distribuait les principaux bénéfices et les meilleurs portions de terre. (récompense aux gens de guerre).

Ainsi le peuple commença a appelé « gentils et écuyers » les personnages importants pourvus de pareils bienfaits par les rois.

La qualité de gentilhomme a été autrefois, si honorable que les rois juraient « foi de gentilhomme » parce que cette qualité semblait renfermer toutes les vertus qui rendent la loi inviolable et ne peut manquer à sa parole.

François 1er dans une assemblée de notables en 1527 dit « qu’il était né gentilhomme et non roi et qu’il voulait en garder les privilèges ».

Henri IV relève également la qualité de gentilhomme. « Si je faisais gloire en faisant ambition tend à quelque chose de plus relevé que de bien parler. J’aspire aux glorieux titre de libérateur et restaurateur de la France, déjà par la faveur du ciel et par le conseil de mes fidèles serviteurs, et par l’épée de ma brave et généreuse noblesse, dont je ne distingue point mes princes, la qualité de gentilhomme étant le plus beau titre que nous possédions. »

Les maisons de nom et d’armes se sont formées dans le commencement des fiefs, des surnoms et des armoiries, et se sont rendues remarquables, par les cris de guerre et par les exploits militaires, l’exercice des armes n’étant alors permis qu’à ceux qui vivaient noblement.

Comme l’établissement des monarchies ne s’est fait que par les armes, ceux qui ont été les premiers élevés sur le trône ont eu besoin d’être secondés par des hommes braves, grands et généreux pour les y soutenir et les défendre. S’il était juste que les plus grands et les plus vaillants fussent reconnus pour souverains, il l’était aussi que celui que ces héros avaient élu pour roi les distinguât du peuple par des marques illustres. C’est de là qu’est venue cette ancienne et parfaite noblesse des rois et celles de vaillants hommes qui leur prêtaient mains pour les couronner. Et c’est pour ces raisons que nous appelons gentilshommes de nom et d’armes ceux qui sont d’une si ancienne race, que le commencement nous en est inconnu.

L’on peut dire que cette noblesse vient de ceux qui sont nés de famille libre, et dont la race a été de tout temps exempte de roture et a joui d’une pleine liberté. Un gentilhomme de nom et d’armes est celui qui porte le nom de quelque province, bourg, château, seigneurie ou fief noble, qui a des armes particulières quoiqu’il ne soit pas seigneur de ses terres. Car tel est seigneur d’une terre qui n’a rien aux armes qui appartiennent à un autre qui n’a rien en la seigneurie vus que les armes ne se peuvent donner à une terre ou seigneurie que par la concession d’un prince.

Dans tous les pays de l’Europe, il y a des gentilshommes de nom et d’armes, c’est-à-dire d’une noblesse de si haute antiquité qu’on n’en peut montrer l’origine et qui prouvent une possession de temps immémorial par une suite de personnes distinguées par leur valeur et leurs exploits, par des marques distinctives de leurs interruptions et enfin par les armes ou sceaux affectés à leur famille dans le temps que ces marques d’honneur ont commencé à être fixée dans l’Europe. La parfaite noblesse, est proprement l’ancienne et immémoriale et dont ont ne peut prouver par écrit quand elle a commencé, ni de quel prince elle a reçu son être.

Certains chevaliers sont gentilshommes de nom, parce que leur noblesse est aussi ancienne que leur nom, qui les a toujours distingué des autres hommes et depuis plusieurs siècles des anoblis et gentilshommes d’armes, non seulement parce qu’ils ont été les premiers dans les états conquis où ils ont laissé des marques de valeur, mais principalement parce que les armoiries suivent naturellement les noms.

Le duc Philippe de Bourgogne, surnommé « le bon » voulant honorer les premiers de ses états du collier de l’ordre de la toison d’or qu’il avait institué donna commission au sieur Coel, homme très riche en manuscrits de voir et d’examiner qu’elles étaient les maisons les plus anciennes et les plus illustres du pays.

Il répondit après avoir consulté tous ses recueils et ceux de la maison de Bourgogne que c’était celle de nom et d’armes.

Les gentilshommes de nom et d’armes, sont ceux qui peuvent montrer que le nom et les armes qu’ils portent ont été portés par leurs aïeux, et qu’ils ont toujours fait profession de cette qualité dont on ne peut découvrir l’origine. Il y a de la différence entre le gentilhomme de nom et d’armes et le gentilhomme de lignée. Le premier est noble de temps immémoriaux et le dernier n’a besoin que de quatre quartiers des aïeux paternels et maternels. On exigeait cette noblesse des gentilshommes qui aspiraient aux honneurs pour les obliger à ne prendre alliance que dans les familles nobles ; à peine de déchoir des principales prérogatives des nobles parce que c’était interrompre sa noblesse de quatre lignées et obscurcir la noblesse de nom et d’armes.

On peut donc conclure que la noblesse de nom et d’armes est celle qui est d’origine inconnue, formée avec l’hérédité des fiefs et le commencement des noms. D’abord elle éclata par le cri du nom dans les armées et par les armes érigées en trophée dans les combats sanglants et en temps de paix dans les joutes et les tournois. Toutes ces marques d’honneur ont paru dès l’institution de la grande noblesse en l’état qu’elle est et elles font connaître la différence du gentilhomme de nom et d’armes et les nouveaux anoblis. Et quoi qu’un gentilhomme se soit signalé par des faits héroïques ou qu’il se soit distingué par des charges honorables, il n’est pas  pour cela gentilhomme de nom et d’armes. La qualité de gentilhomme de nom et d’armes imprime dans son sujet, un caractère si adhérent, qu’il serait aussi difficile de s’en dépouiller que de sa propre essence. Quoique l’intérêt puisse le porter quelque fois à accepter une adoption dans une famille anoblie, et à en prendre le nom et les armes ; il ne laisse pas néanmoins de conserver sa noblesse originelle. Les lois civiles ne peuvent jamais lui ravir son caractère, quoiqu’il en quitte les marques extérieures, pendant qu’il jouit de cette adoption qui ne peut abolir les droits de sa naissance. Il n’en n’est pas de même du simple anobli ; il ne peut se communiquer que par la naissance, et elle ne passe jamais aux étrangers, ne pouvant compatir par aucun moyen avec l’anoblissement les anoblis étant adoptés par d’anciennes maisons sont obligés par les lois d’en porter le nom et les armes, mais la raison naturelle leur défend d’en prendre le titre. Le prince même ne peut faire un gentilhomme de nom et d’armes non plus qu’un noble de race.

Cette noblesse est donc le comble de la grandeur, plus elle vieillit plus elle acquiert la force et la vigueur.

D’après le Dictionnaire de la Noblesse t1 (BNF)

(*) Doctrine fondée à Alexandrie vers 320 par le prêtre Arius. Considérant que dans la Trinité seul de Père est Dieu, elle aboutit à nier la divinité du Christ et en conséquence le dogme de la Trinité. Condamnée en 325 par le concile de Nicée, elle est néanmoins adoptée par plusieurs des peuples barbares qui occupèrent l’occident : Ostrogoths, Wisigoths, Burgondes, Vandales, Lombards.

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